samedi, 09 mai 2009

Boeuf aux hormones : un marché de dupes ?

jose2.jpgAprès les premiers cris de victoire (surtout des politiques) qui ont suivi la signature de l'accord entre l'Union européenne et les États-Unis sur la non importation de boeuf américain aux hormones en échange de l'abandon des menaces de nouvelles taxations, notamment sur le roquefort, des questions se posent aujourd'hui sur le contenu réel de l'accord.
L'Europe n'a-t-elle pas passé un marché de dupes ?

Le roquefort reste lourdement taxé
Ainsi, les producteurs de roquefort constatent que leur production restera soumise à des droits de douane fixés à 100% pendant encore au moins trois ans, alors qu'ils espéraient une forte réduction.

En échange de l'abandon de la simple menace de tripler ces droits de douane, les négociateurs US ont obtenu le maintien de ceux qui s'appliquent déjà et qui sont exorbitants.

L'exportation de roquefort sur le marché américain reste donc fortement handicapée.

Les éleveurs bovins très mécontents
Et surtout, les USA ont obtenu le droit d'exporter en Europe un quota de 20 000 t de viande de boeuf non traitée aux hormones, un volume qui pourrait passer à 45 000 t dans trois ans.

Du coup, ce ne sont plus les producteurs de roquefort mais les producteurs de viande de qualité, par exemple en Aveyron et en Lozère, qui risquent d'être mis à mal par la viande américaine d'autant que les quotas négociés avec l'Europe sont soumis à des droits de douane très réduits.

La FNSEA, le principal syndicat d'exploitants agricoles, a dénoncé cet accord :  "Encore une fois, la Commission européenne a baissé les bras. Cet accord traduit le laisser-faire de l'Europe face à l'implacable logique de libéralisation des échanges."
Pour la FNSEA, cet accord est un "coup bas" porté à la fois aux éleveurs dont la production "serait déstabilisée et leur revenu encore affaibli", et aux consommateurs.

La Fédération nationale bovine (FNB) estime que "la Commission européenne brade une nouvelle fois le secteur bovin et cède aux demandes des USA". 

José Bové mitigé
Figure emblématique du combat contre l'importation de boeuf aux hormones, José Bové a dit savourer "un petit goût de victoire personnelle".
Et d'ajouter : "Pour la première fois, c'est la reconnaissance que la santé passe avant la logique commerciale. Cela créé une jurisprudence très forte".

En revanche, le leader altermondialiste critique le contenu de l'accord : "On ouvre les frontières au boeuf américain alors qu'on est autosuffisant. Le fait que l'on oblige l'Union européenne à importer de la viande dont elle n'a pas besoin n'est pas lié aux Etats-Unis mais aux règles de l'OMC".
Il se dit prêt à livrer une nouvelle bataille.

*Photo (Les Verts) : Bové en campagne européenne.

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