lundi, 06 juillet 2009
La pisciculture part à la chasse aux idées reçues sur le poisson d'élevage
La filière piscicole défend l'image d'une activité économe, non polluante et complémentaire de la pêche.
Voici un étonnant paradoxe. Alors que la quasi-totalité de l'alimentation en viande est assurée par l'élevage (et que la chasse n'est plus depuis longtemps considérée comme un moyen moderne de nourrir les hommes), la situation est exactement inverse pour le poisson.
Dans ce domaine, les pêcheurs sont considérés comme des travailleurs et non des prédateurs ; le poisson sauvage est perçu comme noble alors que le poisson d'élevage est suspect.
Et la pisciculture est accusée de tous les maux : elle pillerait les mers, polluerait les eaux, produirait des poissons d'une qualité inférieure.
Pour tenter de combattre les idées reçues à son sujet, la filière piscicole vient d'organiser ses Deuxièmes journées de la recherche, à Paris.
Réunissant le Comité interprofessionnel des produits d’aquaculture, le Cirad, l'Ifremer, l'Inra, l’Institut technique de l’aviculture, le Ministère de l’Agriculture et de la Pêche et le Syndicat des sélectionneurs avicoles et aquacoles française, cette manifestation a tenté de répondre aux questions que se pose l'opinion.
L'aquaculture pille-t-elle les mers ?
Selon une idée couramment répandue, la production de poisson d’élevage nécessiterait des kilos de poisson sauvage, contribuant ainsi à vider les mers. Qu’en est-il réellement ?
En France, le parti-pris de l’aquaculture a été de s’orienter vers l’élevage d’espèces nobles (truite, saumon, daurade, bar, turbot, esturgeon…), à tendance carnassière, dont la pêche ne peut satisfaire la demande croissante.
L’aliment distribué à ces poissons français contient 30 à 40 % de produits de poissons issus de la pêche minotière (20 à 25% de farine de poisson et 10 à 15% d’huile de poisson), le reste étant composé de produits végétaux, vitamines et minéraux.
La fabrication des aliments pour poissons obéit à un cadre réglementaire européen et français très exigeant, l’un des plus sûrs au monde.
De quelle quantité de poisson minotier faut-il disposer pour alimenter ces poissons d’élevage ? Par exemple, pour produire 1 kg de truite portion, 2,4 kgs de poissons sauvages sont nécessaires.
Or dans la nature, les poissons carnassiers consomment 5 à 10 kgs de poissons-proies.
De plus, l’aquaculture valorise de plus en plus les nombreux co-produits de l’industrie de la pêche, ce qui réduit encore d’autant les prélèvements sur la ressource, affirme la filière.
De plus en plus d'huiles végétales
Par ailleurs, afin d’assurer le développement de l’aquaculture, tout en préservant les ressources halieutiques, les organismes de recherche français ont prouvé la possibilité de substituer partiellement les huiles et les farines de poissons par des protéines et des huiles végétales, tout en conservant la qualité et l’intérêt nutritionnel des poissons d’aquaculture.
Cela permet de poursuivre le développement de l’aquaculture sans puiser sur les ressources marines.
Ainsi, la pisciculture permet aujourd’hui de produire 1 kg de truite portion à partir de 2 kgs de poissons sauvages. A l’horizon de 2020, l’objectif d’1kg de truite portion produit pour 1 kg de poisson sauvage consommé devrait être atteint.
L'aquaculture pollue-t-elle ?
L’aquaculture, comme toutes les productions agricoles, rejette des éléments dans le milieu naturel.
La particularité de la pisciculture en eau douce comme en milieu marin, réside dans la nature du milieu d’élevage (eau des bassins…) qui est identique au milieu naturel.
Les professionnels ont donc tout intérêt à préserver leur outil de travail,.
Grâce à l'utilisation de plus en plus généralisée d'aliments extrudés de haute digestibilité et à une meilleure maîtrise des rationnements, aux modernisations et adaptations des techniques de production (aération, suivi des biomasses, etc.), les élevages piscicoles respectent aujourd'hui davantage l'environnement, affirme la flière.
De plus, dans l’exercice de leur activité, les pisciculteurs sont amenés à surveiller la qualité de l’eau, à la fois dans leur élevage et dans le milieu récepteur. Ils sont ainsi soumis à de nombreux contrôles et à un suivi sanitaire des cheptels.
La pisciculture de truites par exemple, élevage de poissons majoritaire en France, par ses besoins en eau, vive et fraîche, pure et riche en oxygène, est la meilleure sentinelle de la qualité de l’eau. Tout impact sur le milieu aura de fait un impact sur la qualité de l’élevage.
Le poisson d'élevage est-il moins bon ?
Alors que le marché des viandes (volailles, porcs, bovins) est approvisionné exclusivement par l'élevage, poissons de pêche et poissons d'aquaculture cohabitent sur les étals. Ces produits sont donc inévitablement comparés d'un point de vue nutritionnel et organoleptique.
Qu'en est-il ? L’étude Nutraqua a souligné que c’est l’espèce, et non la provenance (pêche ou pisciculture) qui déterminait la composition nutritionnelle des produits aquatiques.
C’est pourquoi les poissons d'aquaculture ne sont pas toujours plus gras que les poissons de pêche, contrairement à une idée reçue.
Par ailleurs, ils sont comme leurs semblables issus de la pêche, sources d’éléments nutritionnels particulièrement intéressants, comme les acides gras polyinsaturés à longue chaîne oméga 3 et certains minéraux.
Si les principales composantes de la qualité organoleptique (aspect, odeur, flaveur, texture) diffèrent entre poissons d’aquaculture et poissons de pêche, les poissons issus de la pisciculture recueillent la préférence des dégustateurs dans bon nombre de tests, notamment à l’aveugle, affirme la filière.
Enfin, l'élevage offre la possibilité d’optimiser la qualité des produits par la sélection génétique, l'alimentation et les conditions d'élevage et de garantir ainsi une homogénéité des produits.
La pisciculture, solution d'avenir
Au total, la filière piscicole estime que les reproches qui lui sont faits ne sont pas justifiés par l'état des connaissances et de la recherche.
Il s'agirait d'un mauvais procès qui intervient au moment où l'aquaculture apparaît au contraire comme une solution d'avenir pour nourrir l'humanité.
Alors que la demande mondiale en poisson est aujourd’hui croissante, en France comme dans le reste du monde les volumes de pêche ont tendance à stagner, voire à diminuer, et la bonne gestion de la ressource halieutique ne permet pas d'envisager une augmentation de l'offre par la pêche.
Or, le maintien de la consommation française de poisson par habitant, (23,8 kg/personne, en 2008), nécessite d’accroître la production de poissons.
La pisciculture a donc un véritable rôle à jouer, à condition que tous ses acteurs s'impliquent dans une démarche de développement durable.
Le débat est ouvert avec les écologistes.
10:22 Publié dans environnement | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
|
|
del.icio.us
|
|
Digg |
Facebook



Écrire un commentaire