dimanche, 08 novembre 2009

Comment économiser l'eau au Maghreb : agriculteurs et chercheurs agissent ensemble

Le projet Sirma, auquel participent des chercheurs du Cirad Montpellier, a permis une collaboration fructueuse entre les deux rives de la Méditerranée.


jeux_de_roles.jpgLe sujet est vital dans une région où l’eau se fait rare : sur les 30 dernières années, la pluviométrie a diminué de 20 à 30 % selon les endroits.
L'agriculture irriguée y est très présente et consomme plus de 70 % des volumes, s'effectuant souvant par immersion, une technique très consommatrice d’eau.

Comment changer les pratiques et à quelles conditions pour que ce changement réussisse ? C’est sur ces deux questions que les chercheurs impliqués dans le projet Sirma ont planché, en étroite collaboration avec les acteurs locaux, de 2004 à 2009, obtenant des résultats prometteurs.

Le secret de la réussite : impliquer les agriculteurs
Pour l’équipe du projet Sirma (qui implique des chercheurs du Cirad Montpellier et des équipes de chercheurs et de formateurs au Maroc, en Tunisie et en Algérie), la réponse se trouve dans la recherche-action.
En gros, ne pas chercher à plaquer une solution théorique mais voir ce qui marche et laisser aux principaux concernés le soin de s'organiser

« Il ne s’agit pas d’une révolution, observe Jean-Yves Jamin, de l’unité mixte de recherche Gestion de l’eau, usages et acteurs, au Cirad. Nous avons utilisé des choses connues en théorie mais qui n’étaient pas applicables pour les paysans. »
Comment le sont-elles alors devenues ? « Nous avons travaillé avec les agriculteurs afin qu’ils conçoivent eux-mêmes l’organisation qui leur permettrait de mieux gérer la ressource eau », poursuit le chercheur.

Sur le modèle du lait
Dans le Tadla, au Maroc, les chercheurs ont notamment observé que les organisations professionnelles de collecte du lait sont à l’origine de l’amélioration de la productivité laitière. Les chercheurs ont étudié ce qui pouvait être appliqué pour la distribution de l'eau.

Les contrats de réglementation des pompages ont constitué un autre axe majeur de travail. La ressource souterraine en eau n'est pas gérée de manière coordonnée et les acteurs locaux n'ont pas forcément conscience de la nécessité de limiter les prélèvements.

Chercheurs et paysans ont discuté ensemble de la représentation que se font ces derniers de cette ressource cachée et de son fonctionnement. Des modes de coordination possibles autour de forages communs ou de façon individuelle ont été envisagés.

Des jeux de rôles pour mieux comprendre les autres
Du côté des États, la réglementation, qui prévoit essentiellement des interdits, fait foi. Mais elle n’est pas appliquée.
Grâce à des jeux de rôle (photo Cirad), leurs représentants ont pris conscience que puiser l’eau illégalement au travers d’un forage constitue, pour certains paysans, la seule solution d’irrigation.

Enfin, le fonctionnement des périmètres publics irrigués collectifs, aux performances bien inférieures à celles des exploitations privées, demeure une préoccupation pour les décideurs.

Dans les oasis du sud-tunisien, par exemple, les chercheurs ont mis en œuvre une approche multidisciplinaire permettant de révéler à la fois les contraintes techniques, mais aussi la perception des agriculteurs et les contraintes sociales et organisationnelles auxquels ils sont confrontés. Les résultats ont ouvert la voie à une démarche d’accompagnement vers la résolution des problèmes rencontrés.

Un réseau de compétences a été créé
Ces avancées ont été réalisées au travers de la mise en place de réseaux humains interconnectés – la famille Sirma – qui regroupent des établissements d’enseignement supérieur, des leaders paysans, des institutions de recherche, des bureaux d’études, etc. 

Le défi est désormais de pérenniser la cohérence scientifique de l’ensemble, en assurant une animation scientifique et technique sur la durée. Dans cette optique, un réseau de compétences en partenariat - le RCP Sirma sur l’eau au Maghreb - vient d’être créé.

Il permettra de soutenir de jeunes équipes de recherche dans plusieurs pays et de concrétiser les projets de masters régionaux sur la gestion de l’eau, les stages et les formations professionnelles régionaux.

 


Sirma (Economies d'eau en systèmes irrigués au Maghreb)

388 étudiants marocains, algériens, tunisiens et français formés
166 articles publiés, dont 28 dans des revues internationales à comités de lecture
19 thèses de doctorats
33 masters
17 stages régionaux
2 millions d’euros sur le Fonds de solidarité prioritaire (FSP) du Ministère français des affaires étrangères et européennes

 

Partenaires :

Ecole nationale d’agriculture de Meknès, Maroc
Institut national d’agronomie d’Alger, Algérie
- Institut national d’agronomie de Tunis, Tunisie
- INRGREF
Institut agronomique et vétérinaire Hassan II de Rabat, Maroc
Cemagref, France
Cirad, France
Institut de recherche et de développement, France
Institut Agronomique Méditerranéen, France

14:32 Publié dans agriculture | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : eau, maghreb, cirad | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Commentaires

L'eau est de plus en plus précieuse et il faut vraiment tout faire pour l'économiser. Malheureusement dans les pays occidentaux, l'eau est abondante et peu de gens se soucient de l'économiser. Heureusement qu'elle est payant et que les gens ont de plus en plus besoin de trouver des moyens pour économiser de l'argent...

Ecrit par : comment economiser | vendredi, 04 décembre 2009

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