jeudi, 05 novembre 2009
BOB observe les bulles sous la mer pour surveiller la faille au sud d'Istanbul
Au large de la Turquie, une mission Ifremer va tenter de mieux connaître les risques sismiques et préparer l'implantation d'observatoires en fond de mer.
C'est bientôt le grand jour pour BOB, de son vrai nom Bubbles Observatory Module, un système de surveillance des sorties de bulles de gaz en fond de mer.
Pour la première fois, il va être déployé au large d'Istambul dans le cadre de la campagne océanographique Marmesonet qui a débuté hier et se prolongera jusqu'au 14 décembre.
BOB l'explorateur
BOB s'élancera depuis le navire de l’Ifremer Le Suroît pour mener à bien cette mission codirigée par Louis Geli, chercheur à l’Ifremer, et Pierre Henry, directeur de recherche au CNRS (CEREGE, CNRS-INSU).
Deux objectifs :
- déterminer s’il existe un lien entre la sismicité et les manifestations d’expulsion de fluides observées le long de la faille nord-anatolienne ;
- réaliser des études préalables à l’implantation d’observatoires sous-marins permanents destinés à la surveillance de l'activité sismique qui menace l’agglomération d’Istanbul, peuplée de plus de 12 millions d’habitants.
Des bulles annonciatrices d'un séisme ?
Le long des failles actives, du gaz, principalement du méthane, s'échappe du sédiment.
Sur ses 1 600 km de longueur, la faille nord-anatolienne a déjà produit des séismes dévastateurs.
Le segment de faille le plus dangereux aujourd’hui, le seul qui n’ait pas cassé depuis 1766, est situé au sud d’Istanbul, à moins de 20 km du rivage.
Ce segment est le seul d’où ne s’échappent pas de bulles de gaz. Lors du prochain séisme, les gaz piégés dans le sédiment seront expulsés. Toute la question est de savoir s’il y aura une amorce de dégazage juste avant la rupture.
De nombreuses équipes sur le coup
Suite aux séismes d'Izmit et Düzce en 1999, une coopération franco-turque animée par l'INSU a notamment permis la réalisation de six campagnes , menées sur des navires français (Ifremer et IPEV ), visant à mieux caractériser le risque sismique en mer de Marmara. La campagne Marmesonet repose sur les résultats de ces campagnes.
Ce projet associe principalement l'Ifremer, le CEREGE (CNRS/INSU, Université Aix-Marseille III, Collège de France), l'INGV (Rome), l'ISMAR (CNR, Bologne), l'Istanbul Technical University et l'Institute of Marine Science and Technology (Dokuz Eyul University, Izmir).
La campagne Marmesonet utilisera plusieurs techniques : détection des sorties de fluide et micro-bathymétrie des différents sites étudiés à l'aide d'un AUV (engin sous-marin autonome) de l'Ifremer équipé d'un sondeur CNRS-INSU ; imagerie fine des conduits empruntés par les fluides jusqu'à la surface des sédiments ; sur chaque site, enregistrement couplé de la micro-sismicité, des pressions interstitielles et des débits à l'interface eau/sédiment pendant un an.
Le module d'observation fond de mer BOB sera également installé dans le bassin de Cinarcik pour la surveillance acoustique des sorties de bulles de gaz.
Bientot douze observatoires en fond de mer
Mais au-delà de cette mission ponctuelle, seuls des observatoires sous-marins multidisciplinaires permanents pourront déterminer s'il peut y avoir des sorties de fluides ou de gaz avant un séisme.
Or, il existe un programme d'installations de tels observatoires sur douze sites dans toute l'Europe, dont celui de Marmara : il s'agit du projet Esonet, coordonné par l'Ifremer.
Les observatoires fond de mer sont comparables à des laboratoires placés au fond des océans. Equipés d'un ensemble d'instruments de mesure, ils sont capables d'enregistrer différents types de données servant à comprendre les phénomènes océaniques.
Surveiller les sites sensibles
Placés sur les sites sensibles de la planète comme les zones de formation des eaux profondes, les zones sismiques ou hydrothermales, ces instruments pluridisciplinaires permettront de surveiller la mer en temps réel, d'évaluer ou prévenir les risques naturels (liés aux séismes, instabilités des pentes et tsunamis), d'assurer le suivi à long terme des évolutions climatiques et de l'impact des changements globaux sur le milieu marin, en particulier sur les écosystèmes et la biodiversité.
Avec la campagne Marmesonet, un nouveau cap est franchi puisque cette mission va contribuer à l'implantation d'observatoires sous-marins permanents permettant de collecter des données sur le long terme, en particulier sur les interactions fluides-activité sismique.
Les dimensions réduites de la Mer de Marmara, la proximité des côtes et les enjeux sociétaux (outre le risque sismique, les problèmes de pollution dans la région d'Istanbul nécessitent une surveillance continue de la qualité des eaux) sont tels que l'implantation d'observatoires multi-paramètres câblés sera une réalité dans les années à venir.
Photo : BOB en test au bassin d'essais du Centre Ifremer de Brest © Ifremer/Olivier Dugornay
15:49 Publié dans mer | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
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Commentaires
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Ecrit par : NKBW | vendredi, 06 novembre 2009
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