lundi, 26 octobre 2009

Nucléaire : un nouvel incident à Cadarache

On a appris hier que le Commissariat à l'énergie atomique (CEA) a déclaré à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) un écart d’estimation de six kilos de la quantité de matière nucléaire (uranium très faiblement enrichi) en rétention dans la cellule n°1 de l’installation nucléaire STAR* de Cadarache.

La deuxième fois en quelques jours
C'est la deuxième fois que le CEA est contraint à cette procédure en quelques jours.

En effet, le 6 octobre 2009, le CEA avait fait état d’une rétention de plutonium supérieure aux quantités estimées en fin d’exploitation des ateliers de technologie du plutonium (ATPu) du CEA à Cadarache.
L'ASN avait classé l'affaire en incident de niveau 2 et suspendu les opérations de démantèlement.

10 kilos d'uranium légèrement enrichi au lieu de 4
A la suite de quoi, la direction générale du CEA a donné instruction de faire, dans les meilleurs délais, un bilan complet de la « rétention » potentielle de matière dans toutes les installations faisant l’objet d’assainissement.

Dans le cadre de cette opération, il a été constaté l’existence d’une rétention d’uranium légèrement enrichi (enrichissement inférieur à 1,65%) supérieure de 6 kg à la limite autorisée de 4 kg dans la cellule blindée C1 de l’installation STAR de Cadarache.

Cette cellule a servi entre 1994 et 2006 à conditionner une vingtaine de tonnes de combustibles usés issus de la filière UNGG (uranium naturel graphite gaz) pour leur permettre d’entrer dans une filière de gestion des déchets nucléaires.
La filière UNGG, filière de première génération de production électrique en France, comporte 9 réacteurs qui sont tous à l'arrêt depuis 1994 et sont alors entrés en phase d'assainissement-démantèlement, constituant ainsi une première à cet égard.

"La limite de sûreté pas dépassée" selon le CEA
L’assainissement de la cellule C1 a débuté le 14 février 2008. Les résidus récupérés, en fin d’opération d’assainissement, ont été progressivement placés dans 19 étuis de conditionnement. L’analyse des 6 premiers étuis par spectrométrie gamma s’est déroulée en octobre 2009. Les résultats ont été dépouillés du 12 au 22 octobre 2009 et ont conduit au constat d’un écart de 6 kg.

"A aucun moment, il n’y a eu de risques ni pour le personnel, ni pour la population avoisinante, ni pour l’environnement ; la limite de sûreté n’a jamais été dépassée durant la phase d’exploitation. La masse totale d’uranium dit de rétention, soit 10 kg, est restée largement en dessous des 184 kg d’uranium autorisés vis-à-vis du risque de criticité", affirme le CEA.

"L’Autorité de sûreté nucléaire a été informée de cet écart par voie téléphonique dès le 22 octobre et une déclaration formelle avec proposition de classement au niveau 1 de l'échelle INES, qui en compte 7, lui a été adressée ce jour", expliquait hier le CEA dans un communiqué.

* Station de Traitement, d’Assainissement et de Reconditionnement

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vendredi, 16 octobre 2009

Incident à Cadarache : Borloo veut la transparence, Greenpeace parle de scandale

Jean-Louis Borloo, le ministre de l'Ecologie, souhaite la transparence la plus complète sur la situation décelée sur une des installations du CEA de Cadarache, qui vient d’être classée de niveau 2 sur l’échelle internationale des évènements nucléaires par l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN).

L’installation en question est l’Atelier de Technologie du Plutonium (ATPu), qui est à l’arrêt définitif et en cours de démantèlement depuis début 2009. Il avait pour activité principale la production de combustible MOX pour des réacteurs nucléaires.
Cette mise à l’arrêt et le démantèlement avaient été décidés car le niveau de sûreté ne correspondait plus aux exigences attendues aujourd’hui.

C’est à l’occasion de ces opérations de démantèlement qui ont vocation à soustraire les sources de risques de l’installation qu’a été découverte une quantité de plutonium (39 kg) dans les matériels de confinement, supérieure à celle attendue (8 kg).

Une inspection de l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) a eu lieu vendredi 9 octobre 2009 pour caractériser l’évènement et, à la suite de l’inspection, a décidé de reclasser cet événement au niveau 2 de l’échelle INES qui en compte 7.

Borloo dénonce le retard dans l'information
Le ministère souligne que selon l'ASN, cet incident n'a pas eu de conséquences.
Cependant, les opérations de démantèlement sont suspendues et elles ne pourront reprendre qu’après autorisation de l’ASN, lorsque toutes les garanties de sûreté pour les opérations de démantèlement auront été prises.
Jean-Louis Borloo prend acte de la décision de l’ASN. Il souhaite que les enseignements en soient tirés.

Le ministre d’État a déclaré que « l’exigence de transparence doit être absolue en matière de sûreté nucléaire et qu’il regrette profondément qu’un tel délai se soit écoulé entre la découverte de cette situation et sa déclaration. Cette transparence et cette exigence de sécurité sont les conditions incontournables de la fourniture d’électricité d’origine nucléaire. Elles seront respectées ».

Greenpeace monte au créneau
Pour Greenpace, cet incident "signifie qu’Areva et le CEA reconnaissent leur incapacité à gérer leur plutonium qu’ils laissent traîner par kilos." Et de poursuivre : "Rappelons que quelques microgrammes suffisent à déclencher un cancer mortel des poumons ou des voies respiratoires et que 7 à 8 kg de plutonium permettent de confectionner une bombe nucléaire de la puissance de celle utilisée à Nagasaki en 1945, trois jours après Hiroshima. Comment est-il imaginable que l’on découvre dans un vieil atelier de quoi fabriquer environ cinq bombes nucléaires ?"

Yannick Rousselet, responsable de la campagne Energie/Nucléaire à Greenpeace France, déclare : « Nous estimons que la découverte, à Cadarache, de plusieurs kilos de plutonium ayant échappé à tout inventaire constitue une des situations les plus graves et les plus critiques que l’on ait pu rencontrer dans une installation nucléaire depuis longtemps. C’est tout simplement hallucinant. »
Et Greenpeace conclut : "Après les révélations sur l’uranium de retraitement abandonné en Russie, ce nouveau scandale montre l’urgence à abandonner le nucléaire. Il représente une menace pour l’humanité. Nous le répétons depuis près de quarante ans. Qu’attend l’Etat français pour en prendre acte ?"

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