Vingt ans après son apparition désastreuse dans les vergers du Midi, la sharka vient de faire un retour tonitruant dans l'actualité agricole.
Un huissier met le feu aux poudres
C'est un huissier qui est venu mettre le feu aux poudres.
Mandaté par l'Institut national de la recherche agronomique (Inra), il s'est présenté au château de Campuget, à Manduel (Gard) pour obtenir du propriétaire restitution d'une somme de 420 000 € que l'Inra lui avait versée à titre d'indemnité.
L'Inra avait été condamné en 2002 par le tribunal administratif de Montpellier puis par la cour d'appel administrative de Marseille à verser cette somme aux exploitants des vergers de Campuget, durement touchés par la maladie, qui avaient mis en cause la responsabilité de la station de l'Inra de Bellegarde (Gard) dans la diffusion du virus.
Coup de théâtre : dans un arrêt de cassation en date du 7 août 2008, le Conseil d’Etat a définitivement écarté la responsabilité de l’Inra.
Les magistrats ont jugé que les sources de propagation du virus étaient multiples (notamment l’importation par certains pépiniéristes de plants contaminés), que les vergers contaminés n'étaient pas contigus à la station de Bellegarde qui avait elle-même été victime du virus.
Coup de colère des arboriculteurs
Coup de colère des arboriculteurs du Midi qui se sont opposés à la venue de l'huissier et ont occupé dans la foulée les locaux de l'Inra.
Les arboriculteurs continuent à pointer la responsabilité de l'Insitut et affirment toujours que le virus de la sharka se serait échappé de la station de Bellegarde où il était étudié.
L'Inra proteste de sa bonne foi, arguant qu’il n'a "jamais planté ou greffé de matériel végétal infecté dans ses vergers et ne conduit aucune expérimentation sur la sharka dans ses domaines arboricoles, dont la station suspectée à Bellegarde. Les travaux sur ce virus se font exclusivement en milieu confiné à Bordeaux et Avignon avec toutes les précautions requises, ce que les juridictions administratives saisies ont reconnu."
Recours au ministre de l'Agriculture
Les espoirs des arboriculteurs d'obtenir répération sur le plan judiciaire étant désormais réduits à néant avec la décision du Conseil d'Etat, ils font pression pour que les pouvoirs publics indemnisent mieux les victimes de la sharka.
Actuellement, la seule manière de combattre le virus réside dans l'arrachage des vergers, obligatoire dès lors que 5% des arbres sont atteints.
Les fruits restent comestibles mais ils sont impropres à la commercialisation du fait de leurs déformations.
Pour les arboriculteurs, les indemnités versées aux exploitants pour l'arrachage sont insuffisantes: 5 000 euros l'hectare contre 20 à 30 000 euros dans les années 90, selon Laurent Ducurtil, le responsable arboriculture à la FDSEA du Gard.
Et les agriculteurs de rappeler que l'ancien ministre de l'Agriculture Michel Barnier s'était engagé à trouver une solution grâce à la mise en place d'une caisse de solidarité.
Déçus que le dossier n'ait pas avancé depuis le départ de Michel Barnier, les arboriculteurs ont obtenu qu'une délégation d'exploitants du Gard, de la Drôme, des Bouches-du-Rhône et des Pyrénées-Orientales soit reçue au ministère de l'Agriculture.